Cette nuit, sur TCM, j’ai revu une énième fois Docteur Folamour, de Stanley Kubrick, réalisé en 1963. Un film délirant qui est un chef d’œuvre d’humour noir sur le péril atomique.
L'histoire : comment arrêter un bombardier américain parti par erreur larguer ses charges nucléaires sur l'URSS ? Le président des Etats-Unis prend les choses en main pour corriger la bourde commise par un général belliciste à l'extrême.
Il faut se remettre dans le contexte de la guerre froide pour apprécier l'ironie mordante de Kubrick. 1963, ère de paranoïa nucléaire. Kennedy vient de forcer Khrouchtchev à retirer les missiles russes de Cuba. Kubrick réalise alors autour de la menace atomique une farce tragique d'une noirceur absolue, peuplée de pantins obsessionnels, réacs et abrutis.
A la base de Laputa, persuadé que les Russes empoisonnent l'eau du monde, un général américain déclenche la troisième guerre mondiale, puis cigare au bec tire à la mitrailleuse sur ses propres troupes avant de se suicider. A l'intérieur du bombardier fatal, le major Kong abandonne la lecture de "Playboy", se coiffe d'un stetson, fonce vers l'objectif, finit par chevaucher la bombe et il tombe avec elle en hurlant comme au rodéo. Par le téléphone rouge, le président américain prévient son collègue russe complètement saoul (déjà) : "Euh... Dimitri, un de nos généraux a fait une boulette...", pendant que le Docteur Folamour (Peter Sellers, génial), un ancien savant nazi, appelle le président "Mein Führer" et ne réprime plus un salut hitlérien nerveux. La fin du monde qu'annonce le docteur Folamour, paralysé depuis la dernière guerre, l'exalte tellement qu'il se remet à marcher.
Le cinéaste ridiculise l'état-major américain de façon admirable.
Les propres fantasmes de Kubrick, l'étude des pulsions meurtrières, la folie, l'aliénation, sont tous là, et plus de quarante ans après, le film n'a rien perdu de sa puissance, et demeure au moins prémonitoire sur un point : la vodka règne toujours au Kremlin…
